La trop longue route pour comprendre une simple dépêche AFP à propos de JKR.

Petit préambule: Yo. Alors, ce texte était totalement prévu pour une rédaction. PROBLÈME c'est que je suis très autiste et vraiment pas fine. Plutôt que de contacter clairement la rédaction pour leur parler de ce que je comptais faire, j'ai juste contacté un des membres de ladite rédac', causé rapidement, et j'ai juste écrit... écrit... et laissé dériver un article qui devait être court en un petit dossier. Du coup, très logiquement la rédaction m'a dit "Non mais c'est très bien, mais... on peut pas publier ça diva, si tu reprends tout à zéro pourquoi pas, mais on va pas te demander ça wesh." Bon c'est vrai, j'ai pas mal chié dans la colle, mais le texte est là. Bon ben, plutôt que de me retrouver dans la même situation avec d'autres rédactions où ça sera la même histoire vue que l'erreur est personnelle, je publie ici ce texte.

AH OUI tant que j'y pense: Consigne de lecture, cliquez sur les liens, et explorez les. Ce texte est pensé pour que vous fassiez ça, tout le temps.

 

 

Être trans, c’est savoir que les informations relayées qui nous concernent seront toujours bien moins traitées qu’elles ne sont importantes. C’est savoir que nous devrons naviguer entre on-dits, avec des sources rarement considérées comme fiables par le reste du publique. C’est avoir déjà dû éplucher de multiples données contradictoires entre-elles pour comprendre un évènement pourtant simple et peu cryptique. C’est aussi savoir qu’entre demi-vérités et mensonges éhontés, l’information qui arrive à nous nécessitera un travail considérable de filtre et d’investigation afin de savoir si elle est vérifiée et fondée ou si c’est une panique morale. C’est savoir que le quotidien banal peut enclencher une machine législative et militante où de colossales sommes entrent en jeu pour nous démunir des maigres droits que l’on a gagnés. Et c’est savoir que quand l’autrice jeunesse la plus riche au monde entre en conflit avec une des plus grosses organisations de défense des droits humains, cela peut avoir des conséquences nationales et internationales désastreuses.


 

 Capture d'une dépêche de l'AFP sur Bluesky: "L'écrivaine britannique J.K. Rowling a fait part de sa "colère" vendredi après que l'association Amnesty International UK a décrit son centre de soutien aux femmes victimes de violences sexuelles comme contraire aux "droits" humains en raison de ses positions contre les personnes transgenres." Avec une photo de cette grande bourgeoise dans une robe de gala.  



On est habitués·es à voir les dépêches de l’AFP. Et bien qu’elles soient généralement peu descriptives, elles ont généralement l’élégance de donner des bases de contexte, ne serait-ce que pour que l’on puisse comprendre ce qu’il se passe basiquement. Ici, rien de tout cela. JK Rowling n’est pas replacée dans le contexte, mise à part « ses positions contre les personnes transgenres », ce qui ne veut pas dire grand-chose d’autre qu’une simple parole publique (et non pas des actions très concrètes). La dépêche laisse sous-entendre que le rapport d’Amnesty UK, d’une, s’attaque uniquement à elle ; de deux la dépêche ne donne aucunes informations quant à Beira’s Place. Certaines formulations laisse sous-entendre clairement qu’Amnesty UK a rendu un rapport à charge uniquement pour des positions contre des « droits » humains. Cet usage très précis des guillemets est une méthode semblant fines pour pouvoir discréditer à peu de frais, pour remettre en doute le sérieux du propos. Pas de mentions de faits autre, mise à part une « colère » de l’autrice.

Donc, si je me situe en tant que personne ne connaissant pas le sujet, en face de ça, la seule chose que je pourrais en comprendre : C’est que Rowling s’oppose aux personnes transgenres qui revendiquent ce qu’elles appellent des droits, et que c’est la raison pour laquelle Beira’s Place, le centre de soutien d’accueil aux femmes victimes de violences sexuelles est épinglé dans un rapport d’Amnesty UK. Ce qui est tout autant confus que peu digne d’intérêt comme information à relayer, donc il doit il y avoir plus de choses pour que ça soit une dépêche AFP, alors allons voir ce qu’il en est dans d’autres articles.


Après la consultation de plusieurs articles français très similaires les uns entre les autres, on peut tomber sur cet article de Sud Ouest. Choisi, est un bien grand mots puisque, dans à peu près toute la presse généraliste publiée sur internet, deux articles extrêmement similaires circulent entre le 14 et le 20 Juillet 2026 à travers les rédactions françaises.


Citation de l'article: "Le centre Beira's Place, fondé en 2022 à Édimbourg, en Écosse, est apparu début juillet dans une liste de 117 organisations accusées par la branche britannique d'Amnesty d'appartenir à un mouvement "anti-droits"." 


Nous avons enfin plus de détails sur ce rapport, comme par exemple que le rapport d’Amnesty s’attaquait à des groupements nommés ici « anti-droits ». 117, dont Beira’s Place fait parti. On y lit le Mouvement anti-droits défini comme « des organisations hostiles aux droits des personnes LGBT + [et/]ou aux droits reproductifs » par l’article. Bien que peu explicite sur ce qu’est ce rapport et qui est dedans, l’article nous est expliqué que « La structure fondée par l’autrice d'« Harry Potter » [...] propose un accompagnement « en non-mixité aux femmes survivantes de violences commises par des hommes ». Ce « non-mixité […] aux femmes » a une importance et une signification très précises dans le contexte britannique.



 

Citation de l'article: "Figurait aussi dans cette liste d'Amnesty l'organisation For Women Scotland, qui a obtenu une victoire en justice l'année dernière concernant la définition légale d'une d'une femme au Royaume-Uni. Cette définition repose sur le sexe biologique, a tranché la Cour suprême britannique dans une décision encore partiellement appliquée mais qui devrait avoir de nombreux impacts sur les accès des personnes transgenres aux espaces non-mixtes." 


Qu’est-ce que signifie donc cette définition légale d'une femme ? Bien qu’elle ne soit pas clarifiée ici, cette décision très importante pour le plan médiatico-politique et juridique britannique, qui utilise la notion de « genre biologique », ce genre « biologique » étant attribué à la naissance. En plus de lourdement impacter la vie des personnes transgenres et intersexes britanniques. En résumé, la Grande Bretagne entend utiliser uniquement la notion de genre attribué à la naissance concernant toute sa population (ce sur quoi nous devrons revenir plus tard). Bien que cette notion soit absolument inapplicable légalement parlant, cela permet d’avoir légalement une notion de la femme excluant les femmes transgenres (qui était le principal focus légal ici, et même si un flou juridique énorme existe alors pour les personnes transmasculines et tout autant pour les personnes intersexes (pour leur part, le flou légal étant la norme, cela n’a fait que le renforcer)). Cette notion est inapplicable puisqu’elle demanderait à toutes les femmes (les hommes étant implicitement non visés par ce débat légal) de pouvoir présenter un extrait de naissance avant de rentrer dans un lieu non-mixte. De plus, cela contredit totalement l’usage commun du genre comme norme social, qui est que l’on attribue un genre aux personnes nous entourant en partant de leur apparence (le sexe, quant à lui, est trop compliqué à analyser et penser pour être utilisé en situation de sociabilité générale). J’espère que vous saurez excuser ce petit point basique sur le genre, mais ça nous est nécessaire pour comprendre ce qui se joue. Deux définitions de la femme, une marquée dans le marbre et pouvant être légiféré contre l’usage ; l'autre étant l’usage pratique, de reconnaître d’un simple clin d’œil qui on a autour de nous et ne pouvant se préoccuper de l’histoire des inconnus·es nous entourant.


Citation de l'article: "Une procédure judiciaire envisagée. Les avocats du centre ont accusé l'association de défense des droits humains de diffamation et menacé d'engager des poursuites judiciaires, jugeant cette qualification "profondément offensante". "L'attaque d'Amnesty contre Beira's Place m'a mise en colère, une colère qui ne cesse de grandir au fil des heures", a réagi vendredi la romancière sur X. Elle avait déjà invité les organisations présentes sur ce qu'elle qualifie de "liste noire" à solliciter l'aide du J.K. Rowling Women's Fund pour leurs frais de justice si elles envisageaient des actions."


Enfin, les dernières informations que nous pourrons réellement extraire de cet article. Une procédure judiciaire est lancée contre Amnesty UK, qui s’est signalé sans pression supplémentaire auprès du législateur (chose que l’on voit dans une autre partie de l’article). Enfin, on apprend que Rowling a invité les organisations autres que Beira’s Place à utiliser le soutien financier que peut leur donner le « JK Rowling Women’s Fund » pour leurs affaires judiciaires. Bon, là c’est une très nette inexactitude. Elle n’invite pas tout les groupes mentionnés dans le dossier à faire appel à son fond, mais les « organisations de femmes et LGB ». Cette appellation assez nébuleuse « d’organisations de femmes et de LGB » cache les termes de « gender criticals et leurs alliés les plus proches ». Lesdits groupements étant des groupes de pression politiques divers et variés (et très peu actifs si on ne compte pas les sphères médiatico-politiques) qui militent plus ou moins explicitement pour retirer des droits aux personnes transgenres. Ces groupes, dont For Women Scotland fait parti, ont gagné de nombreuses batailles politiques : comme par exemple le retour de la thérapie de conversion en première intention face à la patientèle transgenre mineure (le tout supporté par un rapport Cass où seuls des professionnels étant d’accord avec ces pratiques ont pu participer), ou l’inscription d’une définition rigide de la femme dans la loi britannique. Leur plus grande victoire étant aussi leur force, est d’avoir suffisamment investi les médias britanniques grands publiques pour qu’il devienne inacceptable d’y promouvoir les droits des personnes transgenres (bien que l’opinion publique reste plutôt en faveur des droits transgenres, malgré tout ce matraquage médiatique). Rowling est leur devanture, essayant de rester propre sur elle quand les caméras sont sur elle… et quand son équipe de communication peut limiter suffisamment ce qu’elle dit sur internet, mais nous reviendrons dessus plus tardivement.

Aussi, pour les curieux·ses, vue que beaucoup de monde en parle mais personne ne décrit ce qu’est Beira’s Place, et bien il est assez facile de savoir ce qu’il en est au prix de quelques recherches. C’est un centre d’aide aux victimes de VSS à Édimbourg ouvert et financé par Rowling en 2022, mais qui a comme particularité de ne pas accueillir les personnes trans contrairement au centre d’accueil d’Édimbourg qui a fait polémique pour cette raison nationalement parlant.


Néanmoins, pour comprendre comment la situation en arrive là en Grande Bretagne, nous devons partir du côté britannique de l’information et… naviguer très longuement avec des connaissances assez poussées sur ces sujets. Par chance, l’autrice de ce texte rempli ces prérequis. En effet, on a discuté de la différence de perception nécessaire pour décrypter les informations concernant les personnes transgenres, mais elles nécessites aussi bien plus de recherches pour des données de base, pourtant, souvent très simples. Je vous invite donc, pour la suite de ce texte à prendre cet angle précis, pour vous permettre d’avoir les tenants et aboutissants de ce type de données.

 

[Oui, ce n'est que l'introduction] 


Militantes de For Women Scotland sortant d'une grande porte, victorieuses avec de grands sourires, après la décision de justice de la cour suprême britannique d'Avril 2025.

Extrait de cet article à propos d'un projet de flexibilisation du changement de genre à l'état civil écossais : "Le gouvernement britannique n'a pas exclu une intervention légale, avec le secrétaire écossais Alister Jack qu'il "partageait les inquiétudes de nombreuses personnes à propos de cette proposition de loi, et en particulier la sécurité des femmes et enfants." Le gouvernement a fait comprendre ses inquiétudes sur l'impact potentiel à propos des personnes ayant fait ce changement venant d'Écosse et allant ailleur au RU, où des systèmes différents sont en place, et sur des éléments comme les passeports, les pensions et certaines aides. Sous la loi britannique, il est possible que les lois écossaises soit annulées si elles rentrent en conflit avec le droit britannique. Ce pouvoir d'annulation légal n'a jamais été utilisé auparavant."

 

La loi britannique sur la reconnaissance genrée est donc devenue subitement plus simpliste en avril 2025 (et pas plus simple). En effet, auparavant, il n’y avait pas de définition stricte de l’homme et de la femme (comme dans la plupart des textes légaux à l’international, laissant le reste du régime civil gérer ce type de préoccupation), et le genre pouvait être changé à l’état civil. A cette époque, pour pouvoir bénéficier de ce changement d’état civil en étant transgenre au Royaume-Uni, il était demandé de présenter un diagnostic de « Dysphorie de Genre » (élément à propos duquel nous reviendrons), mais comme l’a montré l’Écosse fin 2022, cette question de droit au changement d’état civil dépend surtout des états composant le Royaume-Uni. En effet, entre la fin de l’année 2022 et le début de l’année 2023, le parlement écossais a voté pour (86 contre 39) et essayé de faire appliquer le droit à l’autodétermination ainsi que la simplification du changement d’état civil, c’est-à-dire le changement sur une simple demande. Et nous disons bien essayé puisque le gouvernement central a fait preuve d’ingérence directe pour stopper cette loi, ingérence qu’il peut constitutionnellement conduire, mais ne l'a jamais fait auparavant. Cela avait créé tout un tollé médiatique, et ravivé les débats sur l'autonomie écossaise, ainsi qu’une pressurisation d’élites intellectuelles transphobes pour passer des lois sécularisant la définition d'une femme ainsi qu’une plus lourde limitation d’accès au changement d’État Civil (voire une interdiction de fait). Ce contexte déjà compliqué légalement parlant pour les personnes transgenres, rencontre aussi un contexte médical très hostile. Et malheureusement, comme trop souvent dans les vies transgenres, la loi est profondément liée à l'institution médicale.


La vieille tête de Ray Blanchard. Pas britannique pour un sous (il est américain), mais qui influence encore maintenant lourdement le contexte médical autour des personnes transgenres un peu partout dans le monde (pour le pire), malgré le fait qu'il a fait sa carrière sur des hypothèses infondées et actuellement discréditées scientifiquement parlant. 


Pour comprendre la situation précédant la loi d’Avril 2025, il faut comprendre une notion psychiatrique, la notion de Dysphorie de Genre. Cette notion a commencé à être discutée dans la psychiatrie sexuelle et la sexologie dans les années 70, comme un terme pouvant englober et remplacer l’idée de « Transexualisme » qui a toujours été incapable de décrire les réalités constatées sur le terrain. D’abord pensée en lien avec le genre et décrite dans le DSM 3, la dysphorie est décrite comme un trouble à spectre large à propos de la non reconnaissance et la perception déformée de son propre corps dans diverses sphères (personnelles et sociales). Il faut avoir en tête, néanmoins, qu'elle n'est pas que lié au genre, mais au décalage entre sa propre perception et de la perception commune. Quant au transexualisme, il est pensé aux côtés du travestissement et de l’homosexualité. Il est décrit comme étant la fétichisation du genre « opposé » retournée vers soi-même, l’attirance sexuelle des personnes trans étant ainsi analysée de concert avec cette idée pour déterminer si c’était un transexualisme homosexuel, paranoïaque ou autogynéphile (sic). Comme vous pouvez vous en douter, cette idée n’a jamais pu être prouvée. Que cela soit celle d’une attirance homosexuelle suffisamment intense qu’elle en provoque un changement d’identité de genre, celle d'une peur suffisamment profonde que le monde découvre son homosexualité pour qu'elle fasse ou celle de l’autogynéphilie. Le concept d’autogynéphilie venant uniquement soutenir cette hypothèse, puisqu’elle « permet » d’expliquer pourquoi des femmes transgenres sont homosexuelles. En gros, ce concept partant des troubles narcissiques explique que l’on souhaiterait avoir des activités sexuelles avec soi-même en tant que femme (et si vous vous posez la question pour les hommes transgenres, les personnes non-binaires, et les femmes transgenres bisexuelles vous serez sans doute surpris·e de ne rien trouver à leur sujet dans les études de ce type). Encore une fois, aucune preuve scientifique probantes n’ont jamais été apportées à ces hypothèses (bien que nombre de groupements anti-transgenres souhaiteraient que cela soit le cas, et essaient de tirer des conclusions plus que fantaisistes sur les études sur le sujet).

 

En sommes, bien que de nombreuses études déclarent avoir des pistes solides sur l’apparition des transidentités (que cela soit neural, développemental, psychosocial, psychiatrique sociologique, etc.), nous sommes sur quelque chose de très proche de l’homosexualité sur le plan scientifique : On ne peut pas déterminer d’où ça vient, ou tout du moins aucun consensus ne semble être trouvé (ce qui est sans doute pour le mieux). La dysphorie de genre vient d’abord en tant que notion plus large et nébuleuse pour décrire un mal être venant de l’écart de la perception de son genre perçu en société et perçu par soi-même. S’excluant des troubles paraphiliques et des troubles psychiatriques, cette notion extrêmement imparfaite est le fruit du statu quo entre psychiatrie et exigences des groupes militants. En effet, étant psychiatrisés à outrance, les groupes transgenres réclament une dépsychiatrisation officielle (obtenue dans les recommandations du DSM5 et de l’Organisation Mondiale de la Santé), elle reste néanmoins référencée dans les guides psychiatriques. Ainsi, il devient possible de diagnostiquer psychiatriquement quelque chose qui n’est pas un trouble psychiatrique, ce que le NHS (National Health Service) britannique fait encore pour contrôler les bénéficiaires du parcours de santé publique d’aide à la transition (il est loin d’être seul, mais c’est de lui dont on parle présentement).


Extrait de la CIM 11 de l'OMS sur l'Incongruence de genre de l'adolescent ou de l'adulte (celle à propos de l'enfant subissant un traitement séparé): "Description: L'incongruence de genre de l'adolescent et de l'adulte se caractérise par une incongruité marquée et persistante entre le genre auquel une personne s'identifie et le sexe qui lui a été assigne, ce qui conduit souvent à un désir de "transition", afin de vivre et d'être accepté comme une personne du genre ressenti, par le biais d'un traitement hormonal, d'une intervention chirurgicale ou d'autres services sanitaires visant à faire correspondre le corps de la personne, autant que souhaité et dans la mesure du possible, au genre ressenti. Le diagnostic ne peut être posé avant l'apparition de la puberté. Les comportements et les préférences qui varient en fonction du sexe ne constituent pas à eux seuls une justification pour poser le diagnostic. Termes exclus: Troubles paraphiliques."


[Attention, ceci est l’opinion de l’autrice au sujet de la Dysphorie de genre, ce segment est à prendre avec plus de précaution que le reste de ce texte cette opinion et est à considérer comme n’étant pas majoritaire dans la communauté transgenre.] L’un des problèmes de la dysphorie de genre, en tant que concept, est qu’elle considère totalement à part les personnes transgenres du reste de la population. Mais aussi qu’elle ne peut pas s’embarrasser d’une définition solide des genres ; puisque les genres sont des conceptions parfaitement sociales et contextuelles à la société AINSI qu’à sa propre visualisation desdits concepts. Une définition solide ne saurait qu’exclure des personnes faisant matériellement partie du sujet et inclure des personnes ne faisant pas partie matériellement du sujet. En sommes, on sait ce qu’est un Mec mais on ne saurait définir ce qu’est un Mec, on ne peut plus que se résoudre à le laisser se définir de son côté tout en constatant les interactions de ce Mec. L’idée de Dysphorie de Genre ne définit rien de précis mise à part un profond sentiment d’inadéquation de son état genré de naissance avec son actuel socialisation ; ce qui est le seul consensus que l’on ait à propos des vécus des personnes transgenres, et le voir apparaître dans les manuels de psychiatrie n’a de sens que rapport aux interactions historiques entre les personnes transgenres et la psychiatrie. C'est la manière pour dire "Cette personne est trans" en langage de flichiatre. Néanmoins, tout ce paragraphe est à considérer de manière critique, puisque l’idée de Dysphorie de Genre reste un postulat permettant un certain équilibre entre les libertés personnelles et les institutions médicales.


Le logo du rapport Cass.

  

C’est dans ce contexte très contrôlant, ainsi que dans le contexte du scandale du Tavistock Trust (en somme, un scandale national manufacturé par les Gender Criticals autour des enfants transgenres), qu’est commandé en 2020 le Rapport Cass, du nom de sa Directrice, la docteure Hilary Cass (devenue membre de la chambre des lords en 2024). Le rapport final arrive en 2024 et est salué par les grands médias généralistes britanniques, les dits grands médias généralistes accueillant depuis des années toute parole anti-genre comme parole messianique (chose sur laquelle il faudra revenir dans ce texte). Cependant, Hilary Cass a été choisie sciemment par le ministère de la santé britannique pour son manque de connaissance à propos des adolescents·es et enfants transgenres (manque de connaissance interprété ici comme étant un gage de neutralité) et pour sa brillante carrière en pédiatrie. Ce rapport scientifiquement polémique, ayant trié idéologiquement les participants·es et les études choisies, mais clamant être exhaustif, tire de nombreuses conclusion en contradiction avec la WPATH ; la WPATH étant la World Professional Association of Transgender Health, l’autorité mondiale des spécialistes de la santé transgenre (que cela soit chez l’enfant ou l’adulte). Par exemple, le Rapport Cass dit en contradiction de la WPATH :

- Qu’il est nécessaire de chercher des troubles neuro-développementaux chez les enfants transgenres (une marotte de groupements anti-trans comme Transgender Trend et 4th Wave Now, ainsi qu’un des cœurs théoriques de spécialistes déchus de leurs responsabilités comme Kenneth Zucker).

- Que les bloqueurs de pubertés et hormones ainsi que les approches psychothérapeutiques devraient faire être mises à l’épreuve dans des essais en double aveugle (une des marottes de groupe pseudoscientifique comme la Society For Evidence Based Gender Medecine), et ce malgré l’impossibilité technique de ce type de tests et malgré le fait que l’on utilise ces traitement depuis les années 50/60 pour la contraception et les années 90 chez les mineurs ayant des dérégulations hormonales.

- Fait un appel à multiplier les vérifications et diagnostiques quand les associations transgenres ainsi que la WPATH appellent à réduire autant que possible ce type de traitement ; etc.

En somme, si on compare les recommandations des experts reconnus·es par pairs et les recommandations du Rapport Cass, nous avons affaire à deux visions radicalement différentes sur le sujet : Une vision où une personne transitionnant médicalement est heureuse, est à considérer comme un succès médical ; et une vision où une personne transitionnant est à considérer comme un échec médical (contradictions de la médecine concernant les personnes transgenres depuis à grand minima un siècle).


Titre d'article de la BBC, ou un voit un groupe de Gender Criticals crier de joie. Le texte dit "La cour suprême britannique a légiféré que la définition légale de la femme est basée sur son sexe biologique. 16 Avril 2025."


En parallèle, une définition stricte d'une femme a été créée dans la législation britannique en avril 2025. En somme, à présent, quoi qu’il arrive au court de la vie, l’assignation de genre à la naissance devient à présent absolument impossible à changer concrètement face à l’état et sa reconnaissance publique légale (bien qu’il soit toujours possible de changer ses marqueurs genrés sur ses papiers) ; et légalement toutes les considérations genrées dépendent de la reconnaissance légale à la naissance. Les conséquences sont encore difficiles à mesurer, puisqu’à peine appliquées à l’heure présente, ces conséquences sont néanmoins faciles à prédire (l’application étant arrivée en Septembre 2026). On peut imaginer deux scénarios absolus (le prévisible se situant vraisemblablement entre les deux) : Le scénario où la population s’adapte très fortement pour rendre inopérante cette décision légale et où l’autorité étatique fait peu d’efforts pour les appliquer, et le scénario où la population ne s’adapte pas et où l’autorité étatique fait de gros efforts pour appliquer ces décisions.


Dans le premier cas de figure, on peut s’attendre à une explosion des espaces intimes (comme les vestiaires ou toilettes) prévus pour une personne, ou tout simplement non genrés mais collectif dans les cas où c’est possible. Pour ce qui est des considérations genrées sociales face à l’institution, on peut voir apparaître un décalage sémantique pragmatique. Par exemple, sur les affaires concernant la justice, plutôt que sur des considérations sur le genre reconnu légalement, on pourrait voir une accentuation à propos de la perception genrée ; sur les affaires concernant le médical, on pourrait arriver à une perception bien plus liée directement aux données médicales typiques et attendus selon la santé des personnes, l’hormonation la morphologie ; sur les rapports de communication au publique on pourrait voire une relative disparition du langage genré ; etc. Quant à l’état, s’il ne redouble pas d’effort pour s’armer de jurisprudences tout aussi lourdes que la décision de la cour suprême, alors il se retrouvera désarmé de fait par ce type d’habitudes prises par la population générale, ne pouvant réellement appliquer son corpus légal. Néanmoins étant donné le fait que les rangs réactionnaires (que cela soit les Gender Criticals ou les conservateurs religieux) ont pour habitude de choisir la voie légale, afin d’imposer leurs opinions et de « contraindre » les états à suivre leur ligne politique ; de plus avant que les décisions légales ne deviennent très contraignantes pour elle le gros de la population ne s’est pas particulièrement mobilisée. 

Alors on peut aussi imaginer un scénario catastrophe ou non seulement la population applique cette décision de la cour suprême britannique à la lettre, mais où en plus l’état fait de lourds efforts pour faire appliquer ce corpus légal. Alors on peut envisager que les espaces intimes (comme les vestiaires ou toilettes) seront massivement genrés et surveillés, voire que des policiers se mettront à surveiller les toilettes en demandant des extraits de naissance pour leur accès (mais bien plus probable que l’on ait affaire à une vérification suite à des dénonciations selon l’apparence des personnes comme on a pu le voir aux États-Unis d’Amérique). De même pour les espaces genrés en général, on peut penser notamment aux prisons, où le V-Coding sera d'autant plus la norme pour les personnes transféminines incarcérées. Pour les considérations genrées sociales face à l’institution, alors on aura des analyses, forcées par la loi, contredisant les faits ; accentuant la double langue nécessaire pour comprendre ce que vivent les personnes transgenres. Par exemple, sur les affaires concernant la sphère judiciaire et médiatique, on devra alors hautement interpréter les faits reportés pour comprendre ce qu’il s’est réellement passer, combler les trous béants dans ce qu’il se dit, ce qui va mécaniquement créer de très lourdes injustices dans tous les cas. Sur le médical, si les personnes transgenres n’ont pas à subir des thérapies de conversions en prime abord (ce que la NHS a déjà mis en place pour les mineurs, bien que lesdites thérapies de conversions sont parfaitement comparables à de la torture psychologique), les considérations genrées légales feront d’elles·eux une patientèle d’exception, où la situation la plus stable pour la santé des personnes sera sans aucun doute de ne pas passer par l’institution ou même des médecins assermentés (avec tout ce que ça comprend de danger lié à la clandestinité médicale). 

L’état peut très bien choisir la fuite en avant sur le sujet, après avoir légalement instauré une situation d’apartheid concernant les personnes transgenres, redoublant ainsi de décisions brutales et injustes pour exécuter son programme, les seules solutions concrètes d’application absolue ne pouvant qu’être alors génocidaires pour régler l’inapplicable apartheid trans. Et tout ça, qu’importe la route que suivra la société britannique, ces décisions légales s’accentueront dramatiquement pour les populations déjà discriminées ; on peut penser notamment pour les populations racisées (subissant des formes de transphobies et de racismes particulièrement excluantes), les populations handicapées (subissant déjà la pression validiste), les populations asexuelles (subissant déjà une surveillance notable des institutions comme de la population), et les populations intersexes (leur autonomie corporelle qui leur sera d’autant plus refusée suite à ces applications légales).


Dora Moutot, Aurore Bergé et Marguerite Stern posant ensemble pour une photo, suite à une rencontre entre les trois au ministère délégué aux droits des femmes.


Il y a un dernier élément à comprendre pour savoir comment le Royaume-Uni est passé en moins de 10 ans d’un état considéré comme étant un havre queer en Europe, au 2ème pays (derrière l’Italie de Meloni) le moins protecteur d’Europe de l’Ouest : Le contexte médiatique précédant le contexte politique. Tout d’abord, il faut comprendre le mouvement TERF, en tant que dérive autoritaire de la haute bourgeoisie du féminisme seconde vague étatsunien (d'abord) puis occidental. Nommé de cette manière dans le courant des années 2000, ce mouvement date des années 70, contrant l’intersection féministe, lesbienne, transgenre et afroféministe se nouant dans les milieux militants étatsuniens. Son but, à l’époque, était d’éloigner les personnes transgenres (tout particulièrement les femmes transgenres) des milieux féministes et lesbiens ; quitte à utiliser la violence et l’intimidation. La mise en avant des figures assimilationnistes Gay (une minorité politique du mouvement Gay masculin ne souhaitant pas particulièrement changer la société mais juste pouvoir s’y insérer), ainsi que l’épidémie de Sida ayant fait ses ravages dans l’exposition publique et la vie des personnes queer ; les personnes transgenres disparaissent en bonne partie des milieux militants mixtes durant les années 80 et 90, mettant en relative veille le mouvement TERF (qui n’a plus de réelles raisons d’exister dans cette situation puisqu’il a gagné). 

La résurgence médiatique et militante des personnes transgenres des années 2000 et début 2010 ne rencontre pas fortement cette résistance théorique, surfant aussi sur la réémergence des théories queer (qui, avant d’être des sujets dans les universités était un sujet dans les milieux militants). Le Royaume-Uni étant un lieu d’effervescence théorique et politique sur le sujet, en plus d’avoir un lien assez fort avec les Etats-Unis d’Amérique, devient alors le parfait terrain expérimental pour les mouvances réactionnaires pseudoféministes transphobes états-uniennes et britanniques. C’est ainsi, profitant d’une exposition toute particulière par les médias promoteurs du « juste milieu », que des militantes anti-trans comme Julie Bindel, Magdalen Berns, ou Maya Forstater ont pu avoir une exposition médiatique totalement disproportionnée à la fin des années 2010 si on compare à leur influence concrète dans les milieux militants. C’est aussi à cette époque que JK Rowling devient leur égérie de fait (ainsi que leur tirelire personnifiée). Ce mouvement se structure extrêmement vite entre une stratégie de forte exposition médiatique, une surutilisation de recherches discréditées à propos des personnes transgenre et une alliance de fait (mais non-avouée) avec les groupements s’opposant aux droits LGBTI+, à l’autonomie corporelle et au droit à l’avortement (en sommes, le type de groupes qui réunissait le rapport d'Amnesty UK, qui était le sujet que j'ai complètement carjacké pour vous expliquer plus largement les choses) ; et plus marginalement, cette alliance s'étend à tout ce qui se fait de réactionnaire et fasciste. Les victoires de cette époque sont nombreuses auprès des médias britanniques. Déjà, la pensée anti-genre/TERF devient de facto la pensée dominante dans tous les médias britanniques généralistes (de la BBC, au Guardian, en passant par le Sun et The Herald), obtient une semi-jurisprudence de liberté de conscience pour l’expression des opinions Gender Critical, ainsi que l’éviction de fait de la sphère médiatique de tout groupe LGBTI+ ouvertement favorables aux droits trans. C’est dans ce contexte savamment construit et toutes ces importantes victoires que le courant se radicalise, et s’écarte de plus en plus de toutes références au féminisme, pour devenir le mouvement « Gender Critical ». Progressivement, le mouvement parvient aussi à monter des études scientifiques, certes retoquées et décriées par le reste de la communauté scientifique, mais des études ayant une forte valeur médiatique. Il gagne aussi un soutien de plus en plus large au travers des partis politiques en occident, évidemment de la part des partis conservateurs, mais aussi auprès d’autres partis, que cela soit dans le parti Démocrate étatsunien, dans le parti travailliste britannique, mais aussi qui pourrait sembler plus inattendu, dans le parti socialiste français ainsi que dans le parti présidentiel (et on peut faiblement douter que ça ne soit pas le cas dans tous les partis politiques relativement proches sur pouvoir dans les pays occidentaux).



Un quote twitte de JKR. La personne citée est anonymisée et dit "Les Nazis ont brûlé des livres sur la santé et la recherche trans, pourquoi êtes vous si attachée à leur idéologie à propos du genre?" Suite à quoi elle répond "Juste... comme? Comment peut-on écrire ça, envoyer ça sans penser "Peut-être que je devrais vérifier mes sources pour ça, parce que ça aurait pu être un rêve fievreux." Il se trouve que les recherches de l'Institut für Sexualwissenschaft dirigé par Magnus Hirschfeld, absolument novatrice sur la santé transgenre, ont fait parti des grands autodafés nazis de 1933, et la personne cité par JKR ici parlait précisément de ça.

 

Avec tous ces éléments, vous pouvez à présent comprendre comment, Amnesty UK a pu déclencher la colère, non seulement des rangs Gender Critical, mais aussi médiatiques, par un simple rapport (à présent rétracté, mais trouvable au prix de quelques recherches sur internet) faisant le rapprochement entre les groupes Gender Criticals et les groupes de pression anti-choix et anti LGBTI+ chrétiens. Vous pouvez comprendre pourquoi Amnesty UK a rétracté ce rapport suite à la menace d’un procès (qui dans le contexte britannique aurait coûté très cher et aurait été perdu d’avance). Vous pouvez aussi comprendre que ce type d’informations ne sont pas traitées avec l’importance qu’elles ont, puisqu’ici on touche aux libertés fondamentales de toute la population (et pas seulement des personnes transgenres). Vous pouvez aussi comprendre comment on arrive à voir l’autrice jeunesse la plus connue au monde faire des déclarations négationnistes sur ses réseaux sociaux. Vous pouvez comprendre pourquoi les services médicaux Gallois aux personnes trans ont annulé toutes leurs chirurgies pour oser avoir des délais de seulement 2 ans. La politique transphobe a toujours mieux marché de concert avec les régimes autoritaires et en voie d’autoritarisme, et les dispositions légales qu’elle propose fondent un terrain très propice à la surveillance généralisée de la population, puisque ses moyens d’application ne sauraient qu’être, dans l’ordre :

- La classification, avec une séparation marquée du reste de la population

- La symbolisation, avec cette séparation exprimée clairement et nettement par une stéréotypie agressive.

- La discrimination, cette séparation servant alors à créer des situations d’inéquités arbitraires ainsi qu’à l’utilisation systématisée des personnes discriminées pour des tâches jugées subalternes.

- La déshumanisation, créant ainsi un groupe d’exception, hors de la sphère de l’humain commun ; la création d’un être civique monstrueux, normalisant de fait la discrimination.

- L’organisation de groupes opposés à l’existence même de ce groupe, que cela soit publique ou par l’état lui-même ; créant ainsi des organes de surveillance contre la population ciblée.

- La polarisation du débat publique, soit on s’oppose frontalement à ce groupe et ce par tous les moyens possibles, soit on soutien frontalement ce groupe en payant les conséquences sociales pour ce geste politique.

-La fanatisation de l’opposition à ce groupe, où ne recevant pas suffisamment d’écoute et d’applications politiques à leur sens, leurs propos devient de plus exterminationiste et explicite en ce sens.

Et ici, les personnes connaissant les travaux sur le génocide de Grégory Stanton sauront là où cette conclusion nous conduit. Puisque, les dernières étapes, celles que ne connaissent pas encore le Royaume-Uni sur le sujet et que les Etats-Unis d’Amérique connaissent en partie sont :

- La préparation, où les organes administratifs et politiques se mettent en branle pour trouver des moyens techniques, administratifs pour appliquer directement leurs idées. Créant de fait des alliances politiques, et des organes pouvant être réutilisés pour ses fins.

- La persécution (le stade où nous pouvons considérer les Etats-Unis d’Amérique du deuxième mandat de Trump à propos des étrangers·ères non-blancs·hes et des personnes transgenres), où les personnes visées se voient obligées de fuir ; sous peine d’être placées en détention, d’être expropriés et/ou placées dans un système concentrationnaire.

- L’extermination.

- Puis le déni, où les auteurs nient les crimes commis.


Bien que particulièrement sombre, ce constat permet de comprendre l’intérêt qu’ont les états devenant de plus en plus autoritaire à s’attaquer à une population psychiatrisée et marginalisée dans toutes les franges de la société. Cela lui donne un terrain expérimental de la répression, et pour la fabrique du consentement de l’opinion publique. Nous avons déjà connus ces situations par le passé, alors apprenons à les reconnaître quand elles montrent leur visage. Mais cela nécessite une information fiable, critique et sérieuse.

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