La Dirtbag Left, le Dark Woke et la tentation de l'inoffensivité
" Salut. Avant de commencer cet article, je vais aller chier dans le coin, là, ouais. Voilà. Et si ça te va pas, je vais t'expliquer physiquement la référence du nom de Kneecap. Quoi? C'est pas marrant ni intelligent? Non mais tu comprends pas, c'est de l'humour métacontextuel. C'est fun, c'est juste que t'es giga teubax. Allez, maintenant, tend la jambe pour un peu de matérialisme en plein dans les rotules."
J'espère que vous comprendrez que je ne continuerai pas sur cette thématique de la violence gratos. J'ai autre chose à faire que de me rappeler pourquoi South Park a arrêté de me faire marrer il y a dix ans de ça. Donc, vue qu'apparemment, on est en année de campagne présidentielle de mon cul, il va y avoir des génies qui vont vouloir mettre en avant ces concepts autant les expliciter: Qu'est-ce que c'est que ces conneries de Dirtbag Left et de Dark Woke?
La Dirtbag Left et le Dark Woke, si on s'accorde de ce qu'en font les personnes s'en réclamant, et bien qu'étant des notions plus que nébuleuses (voire même sans réelle définition ou cohérence possibles), l'idée est d'utiliser de prime abord la violence sémantique de l’oppression. La seule différence entre les deux termes, c'est les années d'édition. Rien de plus sorcier, rien de plus technique, rien de plus fin ; de simples termes vides qui ne disent pas grand chose d'autre que d'utiliser les cliché discriminant des réacs. Mais par contre à partir de cette simple donnée, il est possible de se réclamer de très nombreuses choses (sans que ça soit le cas très généralement, ce n'est qu'un sinistre apparat).
Comme par exemple, il est très aisé d'ainsi se réclamer de l'efficacité, puisqu'iels se séparent de ce qui est considéré superflu pour décrire, penser et agir. Par exemple, admettons qu'il faille décrédibiliser Nicolas Sarkozy, il y en a de sacré choses à dire sur lui. Mais le plus simple, le plus socialement et universellement accepté est de l'attaquer sur sa petite taille. C'est effectivement bas, mesquin et pas lié à un quelconque problème concernant ce qu'à fait le personnage (ni à aucuns problèmes autour du type), mais c'est quelque chose sur lequel tout les bords politiques s’accordent comme étant un fait. ""Avantage"" supplémentaire, les rangs réactionnaires voient bien moins de problèmes à ce type d'attaques. Et donc, dans l'idée ça serait censé dire qu'attaquer AUSSI avec ce type d'arguments permettrait de faire un pont avec les réactionnaires... Sauf que dans les faits ce qu'il se passe immanquablement c'est que la seule partie du discours qui est gardé par les réacs dans ce type de critique est la critique qui part depuis leur langage (et qui donc, de base, ne vous intéressait pas). Et c'est là où ça devient immanquablement ridicule: Pour continuer à attirer ces chalands, il faut alors rediriger son discours plus intensément par leur base. Et ainsi expliquer pourquoi, en prenant un truc qu'il est socialement acceptable de critiquer pour les réacs, Sarkozy a fait pleins de trucs politiquement inacceptables pour les camps progressistes. Comme par exemple, partir du fait que Sarkozy soit petit et mesquin pour dire qu'il a utilisé des fonds libyens pour sa présidentielle et qu'avec ce pouvoir il accéléré fortement la militarisation de la police. Et bis repetita de la dernière étape, puisqu'ici, d'accord, il est petit, mais tout ce trucs sur la violence policière n'a pas franchement convaincu les réacs. Je vous laisse imaginer le reste, comme vous avez pu le voir, je suis assez nulle pour faire ce genre de discours.
Ainsi on arrive à un propos s'espérant progressiste tout en attirant les rangs réactionnaires, mais qui fait fuir de plus en plus de progressistes, ou bien pire, les convertit en réactionnaires. Tout simplement puisqu'on part du principe, avec cet angle, que les réactionnaires sont réacs parce qu'iels ne se sont pas rendus·es compte qu'iels ont tort. Alors il s'agit de juste les faire écouter. En désactivant progressivement la portée contre culturelle et révolutionnaire de son discours on s'imagine alors pouvoir leur faire entendre. En s'accordant sur leur vision du monde, mais en en décalant les objectifs, on s'imagine alors pouvoir leur offrir un nouvel imaginaire ; mais non seulement cela ne marche pas, mais en plus notre discours devient alors parfaitement assimilable à n'importe quel discours réactionnaires. Il prend juste un chemin plus tortueux
Le cœur du problème est une absolue incompréhension, ainsi qu'une méprise sur la formation de l'idéologie réactionnaire. De leur point de vue, les réacs n'ont pas tort, point barre. Leur construction du monde fait sens de leur point de vue. Exactement comme la construction du monde progressiste. Les différences, les seules différences, si je puis me permettre, sont les objectifs et la vision politiques. Et même plus loin de tout ça, les seules choses qu'on n'a jamais vu d'efficace contre l'extrême droite: Déplateformer, et l'éloignement des communautés politiques réactionnaires. Après, vous pouvez la ramener en disant que vous avez le médias/influenceur·euse de gauche qui amène le plus de monde. Mais si vous avez fait ces compromis, alors vous vous êtes rendus parfaitement inoffensif·ve pour les réacs. Vous n'êtes pas un problème quelconque. Voire même, vous pourriez être recyclé·e en camarade de luttes réactionnaires.
Pareil, il est possible de se réclamer de l'efficacité dans l'action politique, puisqu'on se débarasse de ce qui est perçu comme étant superflu. Non parce que, bien que ça soit en IMMENSE majorité un truc de figures publiques (ou essayant tant bien que mal de l'être), ça n'empêche pas lesdites figures publiques d'essayer de militer sur le terrain. Bon soit, mais je pense qu'à la troisième vanne "ironique" grossièrement raciste que vous balancez en réunion (ou même en interpersonnel), il y a fort à parier que soit on vous demandera de vous casser purement et simplement, soit que s'il reste des personnes racisées dans vos réunions, elles seront généralement bien bourgeoises pour pouvoir ne pas ressentir une nette hostilité, malgré votre volonté ""ironique"". [Note supplémentaire: Si votre ironie n'a pas été perçue, c'est probablement que c'en n'était pas. Et si c'en était, mais que vous vous êtes planté·e, vous devriez ressentir naturellement la nécessité de vous excuser pour ce que vous avez dit. Là est la différence entre ironie et violence verbale.]
On pourrait continuer pas mal de temps, à prendre les vertus dont se réclament les angles Dirtbag Left et Dark Woke, mais en vrai, cela n'apporterait pas grand chose de plus. Le problème est purement et simplement au cœur des concepts. En plus d'être profondément antimatérialiste dans les faits. Non seulement ça ne marche qu'aux profits réactionnaires et au profit des figures montant en utilisant ces concepts, mais en plus il se prétend faire mieux partout où il n'en fout pas une rame. Ce sont littéralement des parasites conceptuels et militants.
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